Alain SAVEROT

Vox clamentis in deserto

La voix de celui qui crie dans le désert

 

Avignon, le 25 octobre 2005


 

On raconte que, lorsque le philosophe Grec Diogène, plusieurs siècles avant Jésus-Christ, fut capturé et conduit au marché d'esclaves pour y être vendu, il monta sur l'estrade à la place de l'annonciateur et cria : " On a amené un maître pour être vendu. Y a-t-il parmi vous un esclave pour l'acheter ? "


1 - " Credo quia impossibile ",
Je crois parce que c'est impossible.

De la Perestroïka russe aux attentats de 2001 à New York, de l'effondrement du Mur de Berlin au cyclone Katrina, qui vient de ravager la Nouvelle Orléans, de l'horrible famine du sud Sahara aux gesticulations de certains hommes politiques, et d'autres... l'humain ne connaît pas le " sens du monde ". Or il veut trop programmer, formater. Quelle illusion ! L'homme ne connaît même pas le sens vrai de l'homme, il ne connaît ni le sens de l'individualité (qui n'est pas simplement l'ego-egoïsme) ni le sens réel de l'humanité globale, dans son histoire et les temps pré-humains, dans sa direction future. Nous ne pouvons qu'accepter modestement le mystère. Mystère de la création, mystère de l'être, mystère de la nature, et force de cette nature. L'esprit humain dans ses capacités, du haut de ses 10 ou 100 milliards de neurones, ne maîtrise pas et ne peut maîtriser le " Sens " : la signification. Sa signification. Sans doute en perçoit-il quelques signes.

" Qui sommes nous ? D'où venons-nous ? Où allons-nous ? " interrogeait Paul Gauguin, en titre de l'une de ses toiles les plus inspirées.

" Tout se joue avant 6 ans " affirmait-on dans les années 1990. Voilà qu'aujourd'hui on dit à peu près l'inverse, voici que cette vision fixiste a moins cours, voici que nous en arrivons à la neuro-plasticité, à la capacité reconnue du cerveau à changer, à se reconfigurer, à se métamorphoser. Ainsi vont des dogmes.

Mystère de l'Ancien Testament, de la Tora ou de la Genèse, du Livre de Job ou de Néhémie, ou encore des Livres des Maccabées ; mystère de la Nouvelle Alliance... Mystère du présent et du futur.

" Gare à la pensée unique ! " Et rendons à César ce qui est à César mais rien de plus ni rien de moins. Gare aux totalitarismes, infondés ; gare aux rigidités mentales. Souvenons-nous du " Procès " de Kafka mais aussi de " L'Aveu " de Costa-Gavras (avec Yves Montand) et, analogiquement, pensons à l'autodidacte de Sartre dans " La Nausée ", qui étudiait l'Encyclopédie de la lettre A à la lettre Z - se construisant ainsi une culture morcelée et incohérente. Réfléchissons. 10 ou 100 milliards de neurones ?

Savons-nous avec certitude (et non pré-jugé) si la conscience est un phénomène naturel (matériel) de plus, dont il conviendrait de trouver le mécanisme ? Ou bien la conscience échapperait-elle à l'approche scientifique classique (selon la vision " dualiste ") ?... - Du reste y a t-il une conscience ; ou des états de conscience ; et ces états de conscience n'auraient-ils plusieurs sièges qui formeraient sans doute un réseau... La conscience est-elle donc au final produite par la biologie ? Ou bien au contraire est-elle " captée " et est-elle alors " extérieure " : divine ? (La conscience captée ? Pour beaucoup de psychiatres matérialistes cette éventualité est une aberration. Or cette conception est au départ de métaphysiques et de civilisations humaines. " Au commencement fut le Verbe... " dit Le Livre des 3 grands monothéismes.)

... L'homme ne connaît pas le sens du monde. Le sens de l'être. Le sens de l'être au monde.

Teilhard de Chardin ? C'est cohérent...

Le vertige ?

Avec compassion...

La sagesse ? Si elle est organique...

En opposition au formatage des consciences (et des sourires commerciaux forcés), en opposition à une parole qui serait destinée à cacher et non à dire vrai... En opposition à une société mortifère - oh Beelzeboul !

Tout n'est-il vraiment que poussière, retournant à la poussière ? Face aux veaux d'or existe t-il une énergie fondamentale ? L'âme ? L'ésychasme... Or une lumière brûle en nos cœurs. Une force... l'amour ( - sans doute faut-il aller de l'affectif à l'effectif).

L'homme ne connaît pas le sens du monde et comment le connaîtrait-il lorsque ce monde est infinité, lorsque Yhwh (Dieu) est parfaitement incalculable. L'homme ne sait que 2 dimensions du temps (plus " maintenant-ici "), il ne sait que 6 dimensions de l'espace (plus " ici-maintenant "). Je ne parle pas ici de connaissances scientifiques mais de La Connaissance au sens global et transcendantal.

" Notre connaissance est partielle, jusqu'à ce que vienne l'achèvement " (Saint Augustin)... Sans doute tout humain perçoit-il quelque signe.

 

2 - " Homo sun : humani nil a me alienum puto ",
Je suis un homme : rien de ce qui est humain ne m'est étranger.

A / Physique, métaphysique.

Je continuerai en précisant que la théorie de la relativité est toujours considérée par les physiciens comme " géniale ". Je dirai encore que ces physiciens estiment tout autant la physique quantique, jusque dans ses derniers développements, naturellement. Le problème étant que ces 2 ensembles sont parfaitement incompatibles ; ce qui montre le mystère profond et toujours plus lointain de l'univers, plus complexe, cet univers dont nous voyons des ensembles - illimités - semblant incohérents entre eux. Ainsi le magazine " Science et Vie ", dans sa livraison d'octobre 2005, se pose t-il l'interrogation : " Le monde existe t-il vraiment ? " Ou bien, comme certains scientifiques l'affirment, ce que nous prenons pour la réalité n'est-il en fait que l'information que nous avons sur cette réalité ? ( - Les lois de l'infiniment petit deviendraient-elles alors compréhensibles pour les physiciens ; les notions de matière, de temps et d'espace seraient-elles à interpréter en termes informationnels : afin que notre monde existe vraiment, derrière ces apparences, et ce dans son équilibre et sa " respiration ".

" L'espace et le temps sont les modes par lesquels nous pensons et non les conditions dans lesquelles nous vivons. " Albert Einstein.

Si le monde est un ensemble informationnel sur une réalité inaccessible, cela change naturellement le concept de l'humain, de la conscience qu'a de lui-même l'être humain. Cela change le rapport de l'humain avec le réel, avec sa vérité, avec La Vérité.

Si la physique est la science qui étudie les propriétés générales de la matière, de l'espace et du temps, et si la métaphysique est la partie de la réflexion philosophique qui a pour objet la connaissance absolue de l'" être en temps qu'être " et la recherche des premiers principes et des causes premières, alors semble t-il ces 2 démarches différentes se rapprochent-elles. Et il sera passionnant de les rapprocher plus encore.

Quelle est la place de l'homme dans notre monde aussi " virginal " et nouveau pour nous que celui que révéla en son temps à ses contemporains Galilée, rallié au système proposé par Copernic, même s'il dut se rétracter devant l'Inquisition (1633) ? - Copernic qui construisit l'hypothèse du mouvement de la terre et des autres planètes autour du soleil (son traité fut publié en 1543), et qui par là marqua un tournant dans l'histoire de la pensée et du progrès scientifique.


B / Humanisme.

Le matérialisme dialectique, philosophique, (Marx, Hegel, Feuerbach) se serait " planté " déjà car il aurait pris une information partielle et partiale sur la réalité pour La Réalité elle-même, de même aurait fait le marxisme plus social et politique, le léninisme, incapable de faire face à la complexité et à la subtilité psychologique ; malgré certaines réalisations sociales, culturelles, sportives ou scientifiques " admirables "... N'en sera t-il de même, dans un autre domaine touchant à l'humain, du jugement ultérieur de l'Histoire face au darwinisme, à la théorie - officielle - de l'évolution, à la loi officielle de la sélection naturelle, si celle-ci reste exclusive, si elle n'est pas enrichie spécifiquement par les thèses américaines de l' " Intelligent design " ? Comme le marxisme en son temps, le darwinisme s'apparente en effet par trop à un dogme, une croyance... Qui encore pourra croire, après l'horreur Nazie, après le stalinisme criminel, le Goulag où périrent 15 millions d'êtres humains, après Mao, tant d'espoirs galvaudés, mais aussi après Alexandre Soljenitsyne, Varlam Chalamov, Gustav Herling, les camps d'Auschwitz où périrent 4 millions de Juifs et de Polonais, que l'histoire va vers une destinée quasi programmable, prévisible ; mais à l'inverse qui pourra croire qu'elle ne va nulle part et qu'elle poursuit une route au passé et à l'avenir aveugles ? Certes, la loi de la sélection naturelle est pragmatique et sérieuse, mais cela ne signifie par qu'elle cerne la réalité de façon totale, exclusive. Le darwinisme déconnecte le monde spirituel, il n'envisage pas la probabilité d'un monde supérieur, la possibilité de ses interventions dans notre monde. Sans doute un créationnisme optimiste et évolué peut-il mettre mieux en relief la vérité, complémentairement, supplémentairement, car " Les thèses de Darwin ont été survendues " explicite Michael Beye, Docteur en biologie et Docteur en théologie... et sans doute est-il temps de les dépasser.

... Dans un autre domaine humain encore, Carl Gustav Jung dépassa heureusement Freud. Ouf !

Quelle construction impensable, quelle volonté se cache t-elle derrière nos pulsions, notre sensualité, notre épicurisme, derrière nos calculs, derrière nos organes et nos chimies organiques, derrière nos subversives et dionysiaques complications œdipiennes ? Derrière nos réflexions, derrière nos prières les plus épurées et intenses ? Derrière nos blessures... Derrière nos rêves ; nos rêves avortés... nos malaises existentiels...

Mais !... " Timeo hominem unius libri " : Je crains l'homme d'un seul livre.

Après - et pendant - des velléités totalitaires historiques de religions... la question demeure : quelle construction impensable se cache t-elle derrière notre liberté... (Voyez encore notre terre, que nous mettons en danger, construisons-nous par notre faute un nouvel enfer écologique, humainement rigide ?... par notre cupidité...)

Notre connaissance est partielle jusqu'à ce que vienne l'achèvement ; sans doute tout humain perçoit-il quelque signe ?


C / Conscience de l'être de l'Etre, Autre.

La différence est fondamentale entre l'être qui existe nécessairement en soi (Dieu) (être de l'Etre), bien plus absolu et essentiel que la " conscience de la conscience " de la méditation pure (zen...), et l'être qui existe nécessairement par l'extérieur, par les autres, par l'autre (l'homme). Dieu " est " mais l'homme n'est que " dans le monde ", par le monde. Chez Dieu, chez Lui seul, essence et existence sont ; et sont inséparables.

" Qu'est-ce que Dieu ? " interroge le Dalaï-Lama... D 'une certaine façon, le mot " Dieu ", dit-il, signifie " amour infini "... Il poursuit : " Je pense que les bouddhistes acceptent cette définition. En revanche, ils refusent Dieu au sens d'entité suprême, située au centre, d'absolu, de créateur. Pour eux, ce concept renferme de nombreuses contradictions. Je crois que les chrétiens acceptent l'idée d'un créateur et celle d'une seule vie, celle-ci, crée par Dieu. C'est une idée très forte, qui a sa beauté, car, voyez-vous, elle engendre un sentiment d'intimité avec Dieu. "

" Au nom d'Allah, le Matriciant, le Matriciel... " s'inscrit " L'Appel " (le Coran).

... " Fiat lux ! " (Que la lumière soit !)


D / Le mal existe t-il ?

Un professeur d'université défie ses étudiants avec la question suivante : " Dieu a t-il créé tout ce qui existe ? " Des étudiants lui répondent : " Oui, tout ! " Le professeur insiste : " Dieu a tout créé ? " " Oui, Monsieur ", répondent les étudiants. Le professeur dit : " Si Dieu a tout créé, il a donc aussi créé le mal, puisque le mal existe. Donc, en vertu du principe selon lequel nos réalisations définissent ce que nous sommes, alors, tout simplement, Dieu est mauvais." Les étudiants restent silencieux devant une pareille réponse. Avec un sourire, le professeur souligne qu'il vient de montrer, ou même de prouver, une fois de plus, que la foi est un mythe.

Mais un autre étudiant lève la main et demande la parole. Son nom ? Albert Einstein. " Puis-je vous poser une question, professeur ? " " Bien sûr ", répond celui-ci. L'étudiant poursuit : " Professeur, le froid existe t-il ? " " Quel genre de question posez-vous là ? Bien sûr qu'il existe. N'avez-vous jamais eu froid ? " Le jeune homme répond : " En fait, Monsieur, le froid n'existe pas. Selon les lois de la physique, ce que nous considérons comme le froid est en réalité l'absence de chaleur. Tout individu ou tout objet possède ou transmet de l'énergie. La chaleur est produite par un corps ou par une matière qui transmet de l'énergie. Le zéro absolu (- 273° C) est l'absence totale de chaleur : toute la matière devient inerte et incapable de réagir à cette température. Le froid n'existe pas. Nous avons créé ce mot pour décrire ce que nous ressentons si nous n'avons aucune chaleur. "

Et l'étudiant de poursuivre : " Professeur, l'obscurité existe t-elle ? " Le professeur répond : " Bien sûr, qu'elle existe... " L'étudiant continue : " Vous avez encore tord, Monsieur, car l'obscurité n'existe pas non plus. L'obscurité n'est en réalité que l'absence de lumière. Nous pouvons étudier la lumière, mais pas l'obscurité. En fait, nous pouvons utiliser le prisme de Newton pour fragmenter la lumière blanche en plusieurs couleurs et étudier les diverses longueurs d'onde de chaque couleur mais nous ne pouvons pas mesurer l'obscurité. Un simple rayon de lumière peut faire irruption dans un monde d'obscurité et l'illuminer. Comment pouvez-nous savoir l'espace qu'occupe l'obscurité ? Vous mesurez la quantité de lumière présente. N'est-ce pas vrai ? L'obscurité est un terme utilisé par l'homme pour décrire ce qui arrive quand il n'y a pas de lumière. "

Finalement le jeune Einstein demande au professeur : " Monsieur, le mal existe t-il ? " Moins assuré celui-ci répond : " Bien sûr, je vous l'ai dit... Et nous le voyons chaque jour ; il se manifeste dans mille exemples à chaque instant, par l'inhumanité de l'homme envers l'homme, par des multitudes de crimes et de violences variées partout à travers le monde, sans compter les périls naturels... Ces manifestations ne sont rien d'autre que le mal... "

L'étudiant rétorque : " Le mal n'existe pas, Monsieur, ou du moins il n'existe pas par lui-même. Le mal est simplement l'absence de Dieu " en soi ". Il est comme l'obscurité et le froid, un mot que l'homme a inventé pour décrire cette absence de Dieu. Dieu n'a pas créé le mal. Le mal n'est pas comme la foi ou l'amour, qui existent tout comme existent la lumière et la chaleur. Le mal est le résultat de ce qui arrive lorsque l'homme n'a pas l'amour de Dieu dans son cœur. Il est comme le froid qui existe quand il n'y a aucune chaleur ou l'obscurité qui existe quand il n'y a aucune lumière "... Le professeur n'ajoute pas un mot.


E / L'art.

L'art, le grand, véritable poésie, intuition et expression du génie, langage suprême, reflet du monde et séduction, ressemble à la Parabole du semeur, lorsqu'il est vraiment inspiré. Cette parabole, extraite des Evangiles, est l'histoire de ces graines que l'on sème, les unes allant dans la bonne terre mais d'autres échouant dans le sable ou les pierres, ou étant étouffées par les mauvaises herbes, les unes étant brûlées au soleil, ou séchant, d'autres, arrosées par les pluies, se mettant à germer. " Qui habet aures audiendi, audia " (Que celui qui a des oreilles pour entendre entende !)... L'art est intuition globale, il ne peut-être à proprement parler compris, " cerné " trop étroitement, enfermé. Il demande par contre de la résonance à l'imaginaire d'autrui. Résonance n'est pas " raisonnance " ! Peut-on vraiment " comprendre " la 9° symphonie de Beethoven, par exemple, ou ne peut-on qu'en prolonger en soi la mouvance sensible, et s'en féconder, s'en enrichir l'âme comme d'une énergie pure ? Et le radeau de la méduse de Delacroix ? Et les mandalas du Tibet ?

Faut-il cerner Paul Klee par autre exemple ? Ne risquerait-on alors de le cloîtrer dans une sorte de non-signifiance, à la façon historique de ce que firent les Nazis... lorsque Klee s'adressait directement aux images primordiales du subconscient, d'une façon du reste soft et tendre. En vérité il s'agit de poésie directe, de musique, de rythme, d'une complexité du désir, d'une intelligence érotisée, colorée, d'une forme d'art enrichie par d'autres formes d'art.

L'art élève les hommes, et l'Homme, et affirme l'humain et l'humanité, alors que l'animal n'a pas d'art complexe qui échapperait à la plus évidente nécessité de la survie et de l'instinct ; du fonctionnel. Le religieux, au sens premier (étymologiquement, religieux signifie " qui relie "), acte humain et fondateur s'il en est, passe par l'art, communique primordiale ment par l'art ; musique, sculpture, peinture, fresque ; ou écrit ; architecture ; mise en scène ; costume... L'art est partout, dans la finesse, la subtilité, la complexité exprimée simplement ; dans la subjectivité, élémentaire, émotionnelle. Dans la sensualité et le plaisir. Dans les sentiments, les passions. Dans l'intellect pur. Dans le subconscient individuel comme dans les grands mythes et clichés de l'histoire des civilisations et des époques, des modes. Il est tolérance et combat dans un monde parfois impitoyable et glacial, il ouvre l'esprit vers l'autre et vers soi-même par l'exploration de la psyché humaine (exploration entreprise concrètement par la littérature et le roman bien avant, et plus utilement, que par la psychanalyse). L'art n'est pas seulement évasion ou spectacle, il est aussi, par sa faculté de " mensonge ", suprême recherche de la Vérité. Il peut-être encore subversion face aux rigidités sociales (parfois inhumaines, cachées), face aux tabous ; il peut s'affirmer en colère ou révolte, pacifiquement, dans la plénitude de sa forme, dans l'un ou l'autre de ses styles.

Il est, malgré le génie, modeste hommage à la Création, au mystère de l'être, au mystère de soi-même ( - que les existentialistes voyaient comme un " encombrement dans le néant "). Il va à l'Idéal : à l'exigence. L'art est un moyen global, s'il n'est pas utilitaire, de connaissance ; et de communication " écriture-lecture ". Il cherche le Beau - méfions-nous de ce qui ne serait que joli ! -, il cherche le vrai, le juste. Il cherche le " bon ".


F / Le zen, technique privilégiée de méditation.

Jour après jour, la vie est pleine de commencements et de fins. Quand un instant passe, un autre aussitôt le remplace. On se réveille le matin, on se lève et, comme d'habitude, on se lave, on s'habille, on déjeune et ainsi de suite. Rien ne reste figé sur place. Le mouvement et le changement sont l'essence même de l'existence, et pourtant on a normalement tendance à croire que tout est fixe et solide. Et même à l'extrême on se rigidifie, et on rigidifie sa vision du monde. On aime à penser que tout ce qu'on perçoit est bien réel, bien certain, sûr, même si l'expérience ordinaire nous apprend que rien ne reste inchangé, que rien ne dure. Même les grands dinosaures ont disparus ! Tout se défait sans cesse... des érosions aux naissances, et des naissances aux érosions...

... Le zen ? Le temps suspendu. La contemplation.

... Za-zen : une respiration, une position assise, en lotus. Le vide mental : la conscience de la conscience, qui jaillit, comme venue d'une source, vers l'océanique. Mais d'où vient la conscience ? Le zen n'est pas " religieux ", le zen n'est pas athée, il est sans réelle philosophie ; il est sans idées ni sentiments. Juste une réalité. Vacuité. Perfection. Vérité pure et dépouillée. Approche du sens fondamental. Virginité de l'être. Cette technique mentale peut éventuellement ouvrir à une profonde prière ; mais elle peut aussi " rester là "... Le temps coule t-il toujours, depuis " avant " et jusqu'à " après ", ou bien s'arrête t-il, maintenant-ici, à " rester là ", justement, dans cette béance de l'instant - qui n'existe pas ; l'instant est insaisissable... Pouvons-nous saisir l'instant ? A peine nommé, l'instant est déjà loin dans le passé (ou loin dans l'illusion d'un passé). Oh âme immortelle, émotion primordiale... oh mort, nouvelle naissance... Oh mystère de la vie !

L'instant est un gouffre insondable.

Ignorer ses pensées. Observer le flot des pensées qui traversent l'esprit, en s'efforçant de ne pas s'en mêler. " Je pense ? " Ou bien suis-je pensé ?... Je veux cesser d'être pensé... d'être pensé par des forces que je maîtrise mal. Dans un état d'esprit réceptif, entrevoir la claire lumière : paix. Les pensées, si on les ignore, se dissipent ; alors se vit l'espace entre les pensées. Quelle merveille est cet état dépourvu de forme et de contenu saisissable ! Joie.

Se souvenir, au paragraphe C du chapitre 2 (" Conscience de l'être de l'Etre, Autre "), de ce passage :

La différence est fondamentale entre l'être qui existe nécessairement en soi (Dieu) (être de l'Etre), bien plus absolu et essentiel que la " conscience de la conscience " de la méditation pure (zen...), et l'être qui existe nécessairement par l'extérieur, par les autres, par l'autre (l'homme). Dieu " est " mais l'homme n'est que " dans le monde ", par le monde. Chez Dieu, chez Lui seul, essence et existence sont ; et sont inséparables.

...

Notre connaissance est partielle... jusqu'à ce que vienne l'achèvement. Sans doute tout humain perçoit-il quelque signe ?


G / Citation de Carl Gustav Jung.

... Penser autrement qu'on ne pense en général aujourd'hui a toujours un relent d'illégitimité intempestive, de trouble-fête ; c'est même quelque chose de presque incorrect, de maladif, de blasphématoire, qui ne va pas sans comporter de graves dangers sociaux pour celui qui ainsi nage de façon absurde contre le courant. Dans le passé, ce fut un présupposé évident que tout ce qui était devait la vie à la volonté créatrice d'un Dieu spirituel ; le XIX° siècle, lui, a accouché de la vérité tout aussi évidente de l'universalité des causes matérielles. Aujourd'hui ce n'est pas la force de l'âme qui s'édifie un corps, mais au contraire la matière qui par son chimisme engendre une âme. Cette volte-face prêterait à sourire si elle n'était une vérités cardinales de l'esprit du temps. Il est populaire et par suite décent, raisonnable, scientifique et normal de penser ainsi. L'esprit doit être conçu comme un épiphénomène de la matière. C'est à cette conception que tout concourt, même lorsque au lieu de parler "d'esprit" on dit "psyché", et au lieu de "matière" : "le cerveau", "les hormones", "les instincts", "les pulsions". L'esprit du temps se refuse à accorder une substantialité propre à l'âme, car ce serait à ses yeux une hérésie.

... "Quid novi ?" (Quoi de nouveau ?)

 

(Tous droits réservés)
Alain SAVEROT



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