La quête d'une "figuration cosmique"...

   La peinture peut être superficielle et se limiter à la représentation de sujets réels et précis. Elle peut être simple reproduction du monde visible.
    Sans porter de jugement de valeur sur cette dimension, je dirais qu'elle ne s'intègre pas à ma vision. Car la peinture pour moi doit exprimer l'être humain dans toute sa profondeur, dans son essence et son mystère. Elle doit traduire les émotions et les sensations que le monde fait naître dans toute la plénitude de leurs contradictions. La peinture est une représentation esthétique du monde extérieur et du monde intérieur.

    Le peintre doit tenter de saisir le monde absolu, de le déchiffrer, de le traduire avec l'entier de son cœur battant ; avec la pleine force de ses tripes. Ma peinture est loin d'être réductible au "cérébral".
    Il s'agit de suivre une démarche rigoureuse, une quête patiente. Il s'agit d'explorer par la méditation, il s'agit d'aller à la rencontre de l'essence de l'autre par une recherche au fond de soi-même... De mon être intérieur, mon regard se porte vers l'être extérieur. La peinture est aussi la saisie de ce point de rencontre, de convergence. Y participent aussi cultures et civilisations, et leurs symboles. La peinture est mouvement dans le temps et l'espace. Le geste de l'artiste y est essentiel. Je travaille de loin, sur de grandes toiles. C'est une dialectique : position / opposition / dépassement vers un nouvel état de questionnement qui permettra de concourir "plastiquement", artistiquement, à l'élévation : car la destinée de l'homme est fondamentalement optimiste. Etablir des ponts entre mentalités et traditions, au-delà des langues, tracer une dynamique de signes et de symboles...
    Tendre vers un état de sérénité, de tranquillité, de sagesse, d'équilibre et de réconciliation.

    Je n'aime pas raconter des anecdotes, cela d'autres le feront mieux que moi. Je ne suis pas homme d'apparences. Je ne m'intéresse pas au suivisme béat ou même critique de telle école picturale. Mais je m'enrichis à toutes les sources, sans a priori, qu'elles viennent de l'Occident ou de l'Orient, de pays du Nord ou de pays du Sud, d'aujourd'hui, d'hier ou d'avant-hier. L'art pré-historique me fascine.
    Je ne cherche pas à accumuler des connaissances, comme un professeur ou un savant : je cherche une "force primordiale" dans le cœur des phénomènes. Avec naïveté car un artiste préserve de l'enfance en lui.

SAVEROT, "Fils de personne" et plusieurs tours du monde....

    Chaque toile est un moment, elle est la trace d'une quête qui sera dépassée. Les visages sereins, l'esquisse des yeux, dans mes œuvres, seront des fenêtres de l'âme, bien sûr - mais non l'âme de tel individu : une vision globale et abstraite, synthétique, de l'Humanité. Ces yeux regardent à la fois vers l'intérieur et dans le cosmos infini. En un point de convergence indéfinissable, sauf peut-être par de grands mystiques (chrétiens, musulmans, hindouistes, bouddhistes, que sais-je ?)... Parfois ces yeux se rencontrent puis se joignent.
 

    Le tout n'est destiné qu'à poursuivre, en apportant une synthèse des esthétiques nouvelles, la grande voie des illustres ancêtres (de l'art primitif à l'abstraction lyrique) vers une "SPIRITUALITE DE L'ART" chère à André Malraux ou aux calligraphes Zen. Vers une naïve volonté d'expression de l'Être Universel, ou plus exactement (et plus modestement) de l'être universel... de l'âme universelle, celle qui est commune aux hommes de tous les temps, qu'ils soient Noirs, Jaunes, Blancs ou Rouges. Je n'ai pas dit néanmoins que je pratiquais d'une façon quelconque un art religieux ou sacré !

(Ma musique, au fond, n'exprime pas non plus autre chose. Seulement, elle utilise d'autres moyens : elle passe par l'audition, pas par la vision. Mais l'attitude créative, le besoin viscéral de l'artiste de communiquer une poésie secrète, de donner, est de la même essence).

    Il s'agit là d'un "NÉO-SPIRITUALISME", né pour moi en 1984, puis plus approfondi à partir de 1994, après plus de 20 ans de tâtonnements picturaux. Ce type de recherche touche des artistes de plus en plus nombreux dans le monde, issus de cultures africaines, asiatiques, européennes... Un grand parrain pourrait être nommé : Vincent Van Gogh.

Alain SAVEROT  (Paris, 1998)



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