PÉA

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PÉA

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TITREOEUVREDans les années 1990/2000, l’ensemble de mon travail s’était concentré sur la recherche des traces de temps sur des supports aussi différents que carton, palettes et papiers dessins, puis Kraft et enfin papiers chiffons… A force d’en réduire le support, j’avais cessé toute création .
Le texte ci-après retrace bien l’état d’esprit dans lequel je présentais mes œuvres (expos sauvages, bars, cabarets, studio son…) à Lyon et à Paris.


Depuis les premières cristallisations chimériques qui étaient apparues dans les sombres recoins de mon cerveau, je m'étais décidé à consulter.
Mes joutes oratoires avec le professeur me renforçaient dans mon incompréhension du monde, qui désormais emplissait mes pensées.
Que devenaient alors tous ces scientifiques qui avaient, eux aussi, entrevus les mondes chimériques ?

La métamorphose des éléments ; « Organiques » « Minérals », « Végétals »! Je ne pouvais me résoudre à ne pas considérer leurs recherches comme des
preuves solides de l'existence d'une alchimie défiant les lois naturelles de la vie.
De l'étno-cosmologue LOVECRAFT et son dyptique prophétique au scientifique DUNYACH et ses nageurs de sable, il me fallait poursuivre sans encombrement. Je
quittais donc, sans regret, le cabinet du professeur, me jurant de ne plus considérer ses propos autrement que comme révélateur de sa propre folie.

De mes premières cristallisations, ne me restaient que quelques impressions. "Les récifs du temps" m'étaient apparus comme une porte d'accès à ces mondes
d'un autre temps. Pris par une soudaine fulgurance, j'avais matérialisé ce qui n'était qu'une pensée fugitive. Ces quelques traces d'un ailleurs où la matière se joue des différences atomiques, m'avait été subtilisée à la faveur d'une soirée bien arrosée. L'homme qui, désormais, possédait cette première manifestation ne savait pas qu'il tenait entre ses mains la porte d'accès aux chemins oniriques ; mais qui d'autres que lui, aurait pu dés les premiers instants, s'emparer du sens de mes recherches.

A la lumière de ces premiers instants, je m'étais livré à quelques avatars de mes nouvelles pensées, procédant à la déconstruction du temps. Mes notes inscrites sur la deuxième cristallisation "L'air du temps" démontre, en effet, la justesse de ma position sur l'inutilité d'inscrire le temps dans sa durée. EINSTEIN, lui- même nous a décrit, dans sa relativité, l'ambiguité du temps dans l'espace. Je vous laisse le soin d'appréhender, dans toute sa splendeur, l'essence même de
mes travaux en rapport avec l'espace.
Mes travaux m'entraînaient, à nouveau, vers des contrées inabordables où la matière reste libre d'être et de ne pas être. Aux confins de mes abstractions, se rencontrent des artefacts qui nous démontrent, s'il en est encore besoin, que notre vie n'est rien en regard des forces cosmiques qui nous guettent.
…..
J'avais gardé trace de mon départ. Il m'apparut, en effet, le besoin de fixer le point zéro de mes déambulations cosmogoniques. J'habitais alors "Un HLM à la cité des bleuets", sans grande originalité, bien qu'à y regarder de près, j'y étais le dernier habitant. Ce lieu a peut-être engendré mes nouvelles cristallisations que je fixais sous le nom de "solitude". Je quittais définitivement ces lieux morbides et cheminait au travers de mes méandres chimériques. Désormais, d'énormes structures envahissaient ma tête et, pendant le peu de repos qu'elles me laissaient, envisageait de montrer à jamais ces preuves de l'existence de l'Autre. Ainsi je croquais rapidement les étranges graphes qui s'enrobaient autour des évanescences de mon cerveau.

Muni de mon polaroïd X25 à focus variable (30-50mm), je flachais à tout va, les vapeurs des signes d'une folie qui ne tarderait pas à m'atteindre moi. C'est ainsi que je cristallisais "Péaroïd".
.......
Retiré de ce monde, j'ai pris soin d'embarquer avec moi, tout ce qui désormais rendra compte des positions que j'avance (Fil de fer, bois, chanvre, acier, cuivre
etc..., tout un arsenal scientifique indispensable au chercheur que je suis.

Les matières se meuvent entre d'innombrables structures et graphies inimaginables. J'ai décidé de devenir ce qu'elles souhaitent que je sois ; archiviste de la matière, sorte de reporter de l'ineffable. J'ai de plus en plus mal à fixer la mémoire de ces volontés cosmiques, tant ma tête me fait mal.

Elles me contraignent à devenir matière à mon tour, m'entraînant de plus en plus souvent à transmuter ma chair faite, désormais, d'un mélange subtil associant organique, minéral et végétal. Ma voix est devenue plus cristalline, mes poumons me font mal. L'autre matin, du sable est apparu dans mes mains et d'étranges fibres d'acier remplacent, un à un, tous mes poils.....
……
Je ne pense pas pouvoir tenir encore très longtemps. Vous raconter deviens inutile. L'immensité du cosmos est là, tout près, en moi!
Des Super-nova s'embrasent, des étoiles naissent, des soleils réchauffent le métal de mes entrailles....
……
Je verse une dernière fois, une pièce au dossier A.F. dont je suis l'archiviste et repense pour l'éternité aux innombrables naissances des matières de
l'imagination qui ne sont autres que des contacts de l'autre univers.
Votre univers que je contemple maintenant, est si loin, si minuscule.

Depuis 2010 j’ai repris mon travail de création. L’aspect « graphique et dessin » reste dans la continuité de ce que je suis, un artiste de la confrontation des éléments. Voilà pourquoi tout mon travail numérique est imprimé sur un papier « William Turner ». L’élément papier (signe d’un temps plus ancien) se confronte à la modernité du travail digital qui, lui-même, reste empreint d’une forme qui rappelle l’expression d’artistes plus anciens tels que les impressionnistes, les expressionnistes, ceux de l’art informel ou plus simplement de l’art du dessin ou de la gravure.

Péa.