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Il s'intéresse à la connaissance de mélodies peu goûtées encore en Europe et
en France, asiatiques, africaines, puis orientales, il étudie la diffusion
des instruments et des traits culturels musicaux propres à ces régions. Puis
il propose des types de structures mélodiques spécifiques, qui exaltent. Il
dévoile un talent de précurseur. Il associe et mixe, se rapprochant ainsi
d'autres genres musicaux extra-européens, le bruit non instrumenté, la
parole non rythmée, le silence. Dans « Tunisie Natale », court morceau
instrumental sans prétentions, évoquant la danse orientale, il introduit
aussi des éléments propres à la musique grecque ; de même, le rythme soutenu
de la darbouka y semble quelque peu suppléer à l'utilisation des ressources
vocales qui sont pourtant le trait caractéristique de ce genre de musique
méditerranéenne. L'auteur pousse l'audace jusqu'à mettre côte à côte dans un
même album inspiration rock et post-classique, orientale, chant de la nature
et chant orchestré, tempo urbain et. sensations. Ce qui importe au créateur,
c'est de pouvoir «marcher dans la beauté» afin que ses yeux «aperçoivent
toujours les rouges et pourpres couchers du soleil» (Prière Ojibway). Car
l'art, la musique, est quête. Elle n'est pas seulement association
harmonieuse de sons, mais aussi prière vers le Créateur, souffle des grands
vents intérieurs qui nous secouent, nous prodiguant volupté et. sagesse. La
musique adoucit les moeurs dit-on. Qu'importe si pour les tribus américaines,
les instruments déclencheurs de la fête sont le tambour, la sonnaille, le
hochet ou le sifflet ; qu'importe si en d'autres lieux comme ce peut être le
cas de l'Inde, le rythme est marqué par la cymbale, le «pakhavaj» (tambour),
les «tabla», la conque, la flûte de bambou, le «shâhnai» (hautbois), la «vinâ» (grand luth) ou le «sitar» ; qu'importe si l'instrument du musicien
est un piano, une guitare, une trompette, un saxophone, un accordéon, un
harmonica, un violon... qu'importe si le son musical provient du battage
rythmé de l'eau, du battement des mains ou des bruits de meule, de la
percussion du rebord des pirogues ou de la flûte à bec traversière, des
sifflets en bambou ou des clarinettes idoglottes en tige de mil africain,
des xylophones ou de la lyre, de la harpe-cithare ou encore de la sanza des
brousses, qu'importe ! La profusion des effets ne doit pas cacher la
finalité recherchée par le créateur : comme Orphée, il descend aux enfers
pour chercher « l'amour perdu » - ce symbole. Il nous aide ainsi à nous
retrouver, à sortir de l'absurde cruauté de notre existence, à nous libérer
de nous-mêmes pour «savoir ce que voit un autre de cet univers qui n'est pas
le même que le nôtre, et dont les paysages nous seraient restés aussi
inconnus que ceux qu'il peut y avoir dans la lune » (Marcel Proust).
Six
œuvres en cinq ans
De 1996 à 2000, Alain Saverot réalise six éditions de musiques
essentiellement instrumentales, par moments vocales, dont l'inspiration
puise avec audace aux sources des Mantras, de l'esprit Zen, de chants de la
nature, de la puissance du mot visionnaire (« le mot est un être vivant plus
puissant que celui qui l'emploie » disait Victor Hugo), aux sources des
traditions, du classicisme, du blues ou du reggae comme de la bourrée, des
clameurs de notre civilisation et de ses inventions dont synthétiseurs,
arrangeurs, machines techno ou groove ; guitares électriques ou ordinateurs.
Ces oeuvres sont dans l’ordre de leur date
d’édition :
« Story » (1975-1996) double album.
« Hiéroscopie exotérique » (1997) double album.
« La Fête chromatique » (1999).
« Rythmes de toutes les couleurs (et inédits)
» (1999).
« Utopies » (1998-2000), coffret 2 tomes. |
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Ce qui fait la grandeur de ces créations est leur simplicité généreuse.
Elles atteignent une sorte de grâce, étrange, comme une sorte de fantaisie
ironique, une sorte d'élégance sereine. et elles atteignent l'inconnu. Dans
la « Fête chromatique », l'âme du compositeur recueille l'écho du sublime :
rythmes et sons parviennent à agir comme vecteur de reviviscence sur notre
inconscient. D'autres compositions (« Mantras et saxophone » in « Story »)
appellent au chaos rituel. La musique de Saverot nous fait revivre le temps
primitif, primordial, elle est musique vivante et vivifiante.
Ces oeuvres rendent possible la compatibilité du sacré avec le profane,
incarnent les temps prométhéens, les restituent à portée de notre imaginaire
dans leur pureté, secouent notre plate quiétude face aux mystères de la
création : «Comment être dans la vérité lorsque l'on n'en connaît pas le
sens», s'interroge le musicien-philosophe, avant de continuer : «Le mystère
de la création, pour être silencieux, n'en est pas moins intense. Pourquoi
y'a-t-il quelque chose plutôt que rien... De la préhistoire à la tour de
Babel ou au déluge, de l'invention de l'écriture il y a 5000 ans à la
civilisation antique et chinoise, du Moyen Age aux « Lumières » jusqu'à
l'époque actuelle et à ses progrès technologiques, demeure le mystère de
l'être et de la mort, mystère qu'aucun gourou n'éclaire . Pourquoi l'ego,
que peut transcender la méditation (Zen), pourquoi la souffrance et la joie
? («Utopies»)».
Du réalisme occidental à l’idéalisme oriental
L'esthétique musicale de Saverot, même si elle exploite fort timidement les
genres de la musique arabe, contribue-t-elle à mieux faire admettre
l'esthétique orientale par les oreilles occidentales habituées depuis Bach
aux seuls modes majeur et mineur ? Disons-le sans ambages : jusqu'alors
l'Européen, même instruit de l'écart entre un dièse et un bémol, méconnaît
la pluralité des échelles et ne peut concevoir qu'entre deux tons on peut en
inventer plusieurs autres. En effet, écoutant l'oriental quitter allègrement
le champ sonore constitué par les sept notes fondamentales, il n'hésite pas à conclure à son égard qu'il joue et chante faux. Le critique Vuillermoz
n'avait-il pas affirmé que, musicalement, « l'Européen monte par marches un
escalier impitoyable » ? Saverot semble vouloir contribuer à l'élucidation
de ce malentendu. Il nous propose le retour aux « sources chromatiques » de
la nature sensible ; celle-ci n'est-elle pas toujours là pour nous orienter
et nous guider ? Bien entendu, le musicien au savoir pluridisciplinaire peut
bien percevoir les nuances, même celles infiniment tenues ; il ne peut donc
s'en tenir aux immuables notes, majeur et mineur. Et depuis Pascal, qui
paraphrasait les Anciens, en vérité, l'on sait que ce n'est pas le degré
indivisible qui règle les proportions idéales de la beauté, mais le
demi-degré.
En sa qualité de peintre-musicien, Saverot a appris à réagir lyriquement,
impulsivement, rapidement aussi ( - oui, la réaction impulsive est un
apprentissage, puisqu'elle est l'aboutissement d'une expérience et le fruit
d'un long et lent mûrissement, parfois d'un raisonnement ; elle est l'acte
d'art, acte primordial d'amour, la pulsion qui va plus vite que la pensée
consciente).
Il s'imprègne de l'idéalisme extrême-oriental aussi, ses voyages l'ayant
aussi conduit à la méditation. Son sens va à l'universel, imbu de
contradictions ; et s'en prévalant. Il aime chanter la fraternité, les
fraternités. Ses peintures comme ses écrits n'expliquant-elles pas ses
oeuvres musicales ?
«Partir, partir ailleurs, il nous faut partir retrouver une enfance»
Pour cela, il nous faut remonter aux sources primitives de notre mémoire,
interroger « la sensibilité brésilienne, le métabolisme Vaudou, la vérité
première, les cris de l'homo sapiens francilien, la révolution bio lithique,
la légende du grand navigateur breton... » pour paraphraser quelques titres de
ses compositions. Il nous faut réinventer l'espoir, reconstituer des utopies
nobles, imaginer un autre mode sur de nouvelles densités, de virginales épaisseurs d'âme.
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