Catherine RAFENBERG

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Rêve impossible

RAFENBERG peint, colle, crée depuis de nombreuses années, creusant son chemin d'artiste avec la difficulté accrue d'être femme. On comprendra alors que la femme soit souvent - mais non exclusivement - le sujet de son travail, le sujet mais aussi d'une certaine façon la matière. En effet, Rafenberg utilise beaucoup la technique du collage et ses matériaux de choix sont le tissus et le journal ou les revues. Le tissus parce que, née dans une famille de couturiers, il lui est venu naturellement sous les doigts et que dans ses fluidités et son appel au toucher, il est associé à la femme ; les revues, d'abord par son intérêt à associer l'écriture et la peinture, étroitement imbriquées dans ses toiles, ensuite en raison du type de revue qu'elle choisit puisqu'elle coupe des extraits d'articles dans Marie-Claire, archétype, pour d'aucuns, du journal féminin... qui d'ailleurs consacre un article aux tableaux de Rafenberg lors d'une exposition à Douarnenez. Le clin d'oeil est ironique aussi par le contenu des extraits, souvent tronqués, qui ponctuent ces portraits de femmes, piochant pour l'un dans les rubriques "santé et petits problèmes féminins", pour l'autre déroulant en pointillé "esclave de ce corps, qui refu. ..d'obéir, qui se contredit et pola...e sur lui tant d'attention... vivre à moitié nue....sur une île grecque, j'en rê... comme d'un rêve impossible." Ils suivent d'ailleurs l'évolution de l'oeuvre de Rafenberg qui glisse d'une femme aux allures de marionnette ou de poupée de carton à des baigneuses demi-nues étendant sur les plages leurs formes arrondies un rien Boléro, puis à des nus où les contours s'estompent, fondent pour ne garder que la perception d'une forme en mouvement. Les collages, apparents dans les premières toiles, disparaissent maintenant dans la peinture où ils restent à l'état de traces et de matière, de relief, comme si la femme aux morceaux épars du début, patchwork d'images
toutes faites... se rassemblait dans une unité recréée par l'oeuvre.

Rafenberg voit grand, dans tous les sens du mot : elle aime les grands formats, toiles, lés, fresques, elle est aussi attirée par les sujets d'envergure comme le tryptique intitulé Résistance 2003 et le portrait de Jean Moulin réalisés pour l'exposition du Musée des Beaux Arts de Quimper, comme les bannières évoquant le port de commerce / les bateaux rouilles, exposées à l'Ecole de Merville à Lorient. Elle n'a donc pas craint de s'affronter à l'un de nos grands mythes : celui de l'amour courtois, de la fin' amor, peut-être sujet du rêve impossible de la baigneuse évoquée plus haut.

    Brigitte Le Cam,
    Directrice du Service Culturel de l'Université de Bretagne Occidentale,
    Novembre 2005
 

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