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Jean-Yves LESAGE fait partie de ces artistes qui n’ont rien oublié: ni les chagrins, ni les peurs, ni les joies. Mais dans son monde, tout commence par un immense éclat de rire. S’il n’y a pas de dérision dans son travail, il y a jeux, sensualité, gravité et plaisir. Son rythme nous entraîne dans une partie de cache-cache où nous sommes tour à tour, chat et proie. Il apparaît bien que sa vérité soit dans cette dualité. Il se garde de prendre position pour que l’action rebondisse sans cesse selon son humeur et celle du spectateur. Le peintre utilise des signes qu’il grave sur la plage. Plage qu’il crée pour nous sur la toile. Une vague viendra sans doute recouvrir les dessins, mais nous savons que les plus beaux châteaux sont ceux que la mer a emporté pour abriter les sirènes. Ce rêveur s’est frotté au monde industriel. Il a d’abord marié le fer et le feu pour façonner les objets, des images. Puis avec intelligence et méthode, il a dominé les outils et enseigné les hommes. Quand il a compris que sa créativité ne trouvait plus sa substance dans le monde matériel, il a su lâcher prise pour partir à la recherche de notre source enfouie: l’enfance. C’est un adulte qui aujourd’hui, avec son expérience, nous conte l’essentiel: un rouge pour la flamme, un noir pour griffer, un blanc pour la quête, un bleu pour initier, un jaune pour chauffer, une volute pour calmer et conduire, une verticale pour la rigueur et la folie pour bousculer. Comme BRAQUE, il contient la forme, l’immobilise dans son vol pour que notre esprit rassuré laisse échapper la vie. Ce ne sera pas une colombe, mais le baiser bouche à bouche de deux petits poissons qui tracent l’infini. Ses échelles de Jacob sont aussi des jeux de go et des labyrinthes. Sa peinture est un feu d’artifice qui lie sur la poussière des étoiles, l’eau et le ciel. Peu à peu nous déchiffrons et nommons nos souvenirs épars, pour en faire des connaissances ludiques.
Régine Minet, Galerie Christi Couderc, Paris 5e
Le peintre ne cherche nullement à doubler le langage des mots : Ces mots stables, communs, impersonnels.
Il s’agit « plus simplement » de suppléer leurs lacunes et leurs faiblesses.
« La peinture est un langage plus riche que celui des mots » (DUBUFFET) et Jean-Yves LESAGE nous en fournit la démonstration: Par l’expression d’une réalité poétique digne d’un artiste authentique. Par le pressentiment d’une signification différente et neuve car
« le propos de l’art est de nous dire ce qui n’a jamais été dit, de donner à cet indicible la forme plastique préjugée par lui impossible (Charles ETIENNE). Cette forme plastique et expressive, Cette chose à dire longtemps rêvée, Il faut la voir, l’écouter, cheminer avec elle, Tout simplement l’aimer. C’est un don.
Jacques FERNANDEZ – Juillet 2005
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