De l'autre côté du miroir...
Sans doute est-ce une interrogation ? Chacun de nous porte toute sa vie, sa propre image et le peintre Odilon Redon, dans son journal intitulé "A soi-même" n'a-t-il pas écrit :
"Pour le véritable artiste, son art participe à tous les événements de sa vie... et c'est la seule excuse pour qu'on lui pardonne de parler de lui-même". C'est pourquoi je me suis interrogée. Ce tableau est mon autoportrait psychique. J'ai toujours aimé depuis l'enfance, les objets, les manne- quins, les masques, la comédie, la mise en scène.
Ce n'est sans doute pas un "Hasard", comme le titre de l'une de mes toiles, si je poursuis cette idée depuis longtemps.
A mes yeux, tout ce monde parallèle à la vraie vie, l'explique au second degré, comme au théâtre. Le non-dit, tout ce qu'il y a derrière le décor, dans les coulisses, tous ces fils mystérieux de l'invisible, les amitiés, les rencontres... sont là pour construire notre Vie. Comme dans mon tableau, c'est fragile. Si on coupe les fils, tout s'écroule.
Dans mon atelier, il y a beaucoup de livres d'art. Parmi eux, quelques- uns à la couverture plus rigide, sont posés de front, côté face lorsqu'il y a le portrait du peintre dessus. C'est ainsi que Vallotton me regarde sévèrement derrière ses grosses lunettes... Balthus, lui, a les yeux fixés sur une ligne invisible et lointaine... Le regard du portrait peint de Carpaccio, que j'ai beaucoup admiré et copié au Louvre, me suit lorsque je bouge, et l'autoportrait de Nicolas Poussin, copié lui aussi quand j'étais aux Beaux-Arts, me juge sévèrement.
Un jour, dans une vitrine de la rue de Seine, j'ai vu un livre : "Femmes au miroir" de Frances Borzello aux éditions Thames & Hudson. Je me suis empressée de l'acheter, car je pensais à mon projet. C'est une histoire de l'autoportrait féminin. Il y en a plus de deux cents, depuis une reli- gieuse anonyme, qui glissa son effigie dans la lettrine d'un manuscrit du XIIe siècle, en passant parArtemisia Gentileschi, qui vécut à Rome au XVIIe siècle... La surprenante Elisabeth Vigée-Lebrun, la forte Suzanne Valadon... et tant d'autres... Je me suis dit que toutes ces femmes m'aideraient et m'accompagneraient dans mon aventure picturale.
Depuis j'ai lu la vie de Frida Khalo, cette femme mexicaine, artiste meurtrie par la vie, immence peintre dans son âme et dans son corps et qui mériterait d'être la marraine de toutes les femmes artistes.