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Chantal LANVIN |
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"La peinture de Chantal Lanvin a les vertus du miroir. Cet accessoire, si souvent présent dans les peintures flamandes et hollandaises et dont la surface polie, absorbe le réel pour en renvoyer une image fidèle, est un piège pour le sens. Le temps s'y noie et en peinture, celui-ci se dilate. Le temps de peindre n'est pas celui de la vie. La peinture de Chantal Lanvin s'inscrit dans cet entre-deux d'un temps décalé. Un temps de la narration pour un temps du récit, un temps du regard pour le temps de l'atelier. L'imaginaire et le rêve y pourvoient. Cela ne suffirait pas pour évoquer une réalité supposée, si des qualités infaillibles de dessinateur jointes à celles d'un coloriste rompu aux accords secrets d'une palette inépuisable dans ses registres, ne venaient répondre à un désir d'apprivoiser des images aptes à nous entraîner dans les méandres d'un labyrinthe visuel duquel nous ne sortirons pas indemnes. La traversée du miroir nous attend. Chantal Lanvin a expérimenté la fascination qu'exerce sur chacun d'entre nous l'irruption dans le monde de l'illusion, à l'instar de celui, ordonné par les maîtres de la renaissance vénitienne qui requièrent toute son attention. Ordonner une histoire, comme la Commedia dell Arte déroule sur les tréteaux son temps accéléré, notre peintre a compris l'enjeu d'une telle gageure. Maîtriser la perspective coulissante, démultiplier les points de fuite dans un espace qui nous happe, s'accompagne d'une technique picturale qui se joue de toutes les difficultés, pour donner une vraisemblance corporelle au lieu, aux objets, aux acteurs de ses récits. Son illusionnisme n'est ni celui des hyperréalistes, ni celui du trompe-l'oeil. Peut-être Chantal Lanvin, serait-elle plus proche des surréalistes avec lesquels elle partage une propension à l'onirisme et à une imaginaire, tremplon pour son interrogation permanente sur le réel. Quels liens tisse-t-il avec le rêve ? Qu'on y prenne garde, son écriture déliée, d'une parfaite exactitude si propice à dire le semblant des étoffes, du bois, du marbre, des choses, ravit nos certitudes soudainement ébranlées. Des incongruités au récit, des irruptions de personnages nous rappellent que la vie est un songe. Espiègle, ludique, Chantal Lanvin aime la vie. Elle en bouscule le décor pour son théâtre. Elle sème des énigmes, elle introduit des ruptures de temps où passé et présent cohabitent allègrement, ose des rapprochements qui ne peuvent s'expliquer que dans le monde poétique qui demeure le sien. Comme rien ne lui résiste, elle distribue les lumières, habilement réparties dans une mise en scène dont elle seule connaît l'efficacité pour cerner les mystères qui nous entourent. Les trois coups sont frappés. Le rideau peut se lever. Chantal Lanvin nous offre une représentation dont la peinture aujourd'hui est avare. Entre la sagesse et la folie, voilà un programme qui se renouvelle dans relâche, pour notre bonheur. " Nombreuses expositions personnelles. |