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"Surfaces imparfaitement révélées par un geste emprunté au peintre, compositions nuancées de tâches grises partiellement colorées, les photographies de Jean Loup BERNARD se singularisent par une esthétique qui relève d'une démarche de plasticien. D'autres, avant lui, se sont essayés à contourner la rigidité du cadre, à fuir le perfectionnisme du "beau" tirage, à échapper aux limites formelles du genre et à la contrainte du sens. D'ailleurs, de son propre aveu, c'est la rencontre avec des plasticiens qui l'ont détourné de sa pratique initiale, le reportage. Il
y a quelques années, muni d'un appareil photo dont il veut juger
de la qualité, il pénètre dans son poulailler.
Jean Loup BERNARD est un habitué du jardin dont il cultive légumes,
fruits et autres douceurs terrestres. La situation lui inspire une prise
de vue au raz du sol, sans visée, - la série de photographies
résultante s'intitulera avec un certain humour "Viens poupoule..."
- telle une chasse instinctive. Posté très prêt
des pensionnaires effarouchées, c'est le mouvement qui s'impose,
celui des volatiles mais aussi celui du photographe. Assurément,
quelque chose de nouveau le traverse. L'arbitraire impose son impression
; des noirs profonds, des formes indécises, des expressions inhabituelles,
la maîtrise est mise à mal... le rituel photographique
piqué au vif. Deux silhouettes enlacées devant le pont de Brooklyn, l'étendard National fouetté par une brise légère, un pompier au repos, reflets humains en vitrine, la poésie est quotidienne. New-York, son bruit, ses gratte-ciels, ses espaces, ses ponts, sa population, son gigantisme, tout se conjugue tant bien que mal, dans l'apparence. L'auteur le sait et évite habilement, la facilité du spectacle des formes. Ses prises de vues semblent neutres comme celles de cartes postales qui évoqueraient le souvenir d'un voyage touristique. Mais les tirages photographiques soulignent le subterfuge, la technique très tenue, traduit l'importance du geste, de ce qui est effacé ou montré. Chaque image révèle sa substance, sa " peau ", et derrière, le vide... ce fond qui paradoxalement, nous donne à voir la manipulation, la subjectivité du regard et le propos de l'artiste. Une certaine densité traduit l'inquiétude de l'homme. Il s'émeut devant de simples pommes de terre, souligne les frises, du chou, la banalité d'un amas désordonné de cagettes aux formes expressives mais aussi la beauté d'une silhouette nue couchée sur le sable. Le regard oppose la pierre lourde et l'herbe souple, en négatif. Le dilemme fait figure d'autoportrait. L'auteur trouve l'inspiration dans la solitude offerte par le jardin, le laboratoire ou le paysage. Jean Loup BERNARD est - comme cette eau qui lui révèle une "âme de fond" - dense, sensible et généreux." Bernard Molins
18 février 2003
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